Ceillac
Europe,  France,  Provence-Alpes-Côte d'Azur

Ceillac

Ce premier carnet sera peut-être un peu différent des autres, unique en son genre. Il est écrit avec du recul, avec des souvenirs plus qu’avec des impressions instantanées car notre premier voyage date de l’été 2015. Il illustre parfaitement ce concept : l’aventure est avant-tout une aventure de l’esprit. En effet, point de pays exotique, ni de Road Trip extraordinaire. Non, notre premier voyage consista en deux semaines de camping dans les hautes alpes, plus précisément à Ceillac, un petit village niché dans le Queyras.

Par où commencer ? Essayons par le début.

1. La route de l’aller

Nous sommes partis du Nord de la France, à côté de Lille où nous vivons. À 3h du matin, lorsque le soleil dort encore, et les gens aussi en principe (à moins qu’ils ne soient pas encore couchés…). Lorsque le réveil sonne, l’esprit se coupe en deux : une partie pour l’excitation et l’expectative, une partie qui supplie de dormir juste encore un peu.
La route fut longue. 15 longues heures, réparties sur deux jours, pour quasiment traverser la France. Avec le recul, (puisque pour ce récit, j’ai la chance d’en avoir !) on réalise à quel point c’est extraordinaire de traverser un pays entier aussi rapidement. On réalise les spectacles entrevus. Mais sur le moment on prie pour avancer le temps, arriver plus vite.
Petit à petit, le paysage se transforme. La plaine devient montagneuse. Le cœur bat plus vite, parce que c’est proche. Plus encore le mien peut-être puisque je savais où nous allions arriver. Ceillac est le lieu de tous mes souvenirs d’enfance, de chacun de mes étés jusqu’à mes 18 ans. Mes yeux avaient soif de revoir cette vallée, ces hauteurs… Le soleil, le près des ânes, la fontaine de la minuscule place du village, le glacier, le petit marché du jeudi matin. J’avais hâte de faire découvrir tout ceci à Gaël.
Bons occidentaux que nous sommes, nous nous arrêtons au midi du deuxième jour de route pour manger un « dernier Mc’Do » avant l’immersion dans ce lieu reculé.

2. L’arrivée

Ceillac est un village montagnard de 100 âmes qui se peuple l’été de touristes à la recherche de nature sans pour autant perdre son identité.
Niché dans une vallée du Queyras, la première chose, toute simple, qui nous frappe en arrivant (du moins, je n’y avais jamais pensé mais cela a frappé Gaël) c’est que la route qui y entre est la même qui en sort. C’est à dire qu’on ne peut pas traverser la vallée pour poursuivre en voiture vers le village suivant. On peut aller tout au bout avec son véhicule, mais ensuite pour continuer il faut se garer, chausser ses randonneuses et endosser le sac pour partir à pied sur les sommets. C’est un peu comme si Ceillac était un petit bout du monde, une destination en soi.
L’arrivée au camping est un peu mouvementée : nous pensons un instant avoir laissé le porte-feuille au Mc’Do… Temple de la malbouffe (soyons honnêtes, tout le monde le sait et pourtant nous continuons tous d’y aller) mais aussi, lieu de tous les dangers : oubli de carte-bleue / clef de voiture / porte-feuille sur le plateau… Nous finissons heureusement pas le retrouver sous le fauteuil passager de la voiture.

Nous avons choisis de rester pendant ces deux semaines au camping municipal : les seules installations sont quelques bornes électriques et les sanitaires. Pas de réservation possible dans ce lieu de passage : chacun va et vient dans le ballet incessant des randonneurs en sac à dos. Les douches sont à jeton.

Je me sens au départ mal à l’aise dans cet environnement particulier. J’ai toujours eu l’habitude avec mes parents de rester dans des gîtes, au chaud, avec la télévision et la machine à laver (le linge comme la vaisselle !). Je me trouvais aventurière de camper en haute montagne… Jusqu’à ce que je vois ces gens avec les sacs plus grands que moi, qui s’installent une nuit puis repartent. Jusqu’à ce que je réalise que nous n’avions pas pris de pulls suffisamment chauds ! Lorsque le soleil passe de l’autre côté de la montagne, c’est comme si l’Alaska venait à nous ! (j’exagère sans doute un peu…)
Nous tenions à partager ça aussi. Tout le monde n’a pas les capacités innées d’un Indiana en herbe. Tout le monde n’est pas parti faire le tour d’Europe en vélo ou à pieds étant petit. L’aventure est avant-tout une aventure de l’esprit. Je suis convaincue qu’on peut vivre une aventure en allant chercher son pain le matin. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas partir au bout du monde (je compte bien le faire un jour ou l’autre). Simplement qu’il n’y a pas de petite étape, de petite expérience. Ce premier soir à Ceillac, Gaël et moi on souriait, on se sentait vivants. On avait froid, nos poumons étaient emplis d’un air piquant, nos yeux déjà pleins d’images.
Demain le premier jour, la première randonnée.

3. Les montagnes

En deux semaines, nous en avons fait des randonnées, et il y en a encore bien plus à faire. Il serait fastidieux autant pour l’écrivaine que pour le lecteur de tout décrire pas à pas, sentier par sentier. Alors, j’ai choisis 3 chemins différents, 3 aventures.

  • La montée au lac Egorgéou

C’est l’un des sentiers que nous avons préféré. Il permet de voir des paysages époustouflants, il est long, pas évident pour le néophyte peu rodé à manger du dénivelé au petit déjeuner. Il nous fait traverser à la fois forêts sombres et plaines d’altitude. Il est farceur aussi : plusieurs fois, on pense en voir le bout, mais ce n’est rien de plus qu’une étape.

Lorsqu’on se retourne sur le chemin pour apprécier l’effort déjà fournit, les images nous assaillent, grandioses. Et on se sent petit soudain, à gravir ces montagne en soufflant et pestant contre la fondue de la veille. On se sent appartenir aussi à quelque chose, parce qu’on est là, parce que tout le monde n’y est pas. Parce qu’on est en train de fournir un effort et qu’il serait beaucoup plus simple de redescendre, mais on choisit de monter encore.

Et puis au bout de trois heures (avec pour notre part une pause au bord de la rivière qui nous a donné l’occasion de saluer une famille de cervidés), nous arrivons en haut. Un sourire s’étire sur nos lèvre lorsque nous le voyons enfin : Egorgéou, à 2394 m d’altitude. C’est comme s’il était vivant, qu’il habitait là et que nous lui rendions visite.

Sur les photos, on peut le voir d’ombre et de lumière. Il est un peu comme nous, les deux à la fois : un côté sombre un côté lumineux. Ce n’est pas pour rien que les humains voient leur reflet dans l’eau.

Comment décrire la sensation lorsqu’on arrive au sommet ? Il y a le « ouf », bien-sûr, parce qu’on commence à avoir un peu mal aux jambes, et à être affamés au point de se dire que le sac à dos serait vraiment plus léger si on dévorait le délicieux sandwich qui est à l’intérieur.

Mais il ya la joie surtout. Une joie comme une petite flamme, profonde, véritable, fière.

Une fois restaurés, on peut trouver un peu plus haut derrière Egorgéou son petit frère, dans un creux, comme un secret dans lequel on peut se baigner (à condition de ne pas craindre une eau à 3 degrés).

Lorsqu’on redescend, les images nous chatouillent encore les yeux et le cœur. Les jambes sont douloureuses tandis qu’approchent la voiture et le siège d’une terrasse ombragée dans le village d’en dessous. Mais le cœur est remplis.

  • Glacier Blanc et Mont Pelvoux

Pour atteindre ce sentier, il faut monter jusqu’à un endroit appelé Le Près de Madame Carle. C’est une promenade un peu particulière : elle attire toujours beaucoup de monde, notamment du monde équipé pour la randonnée sur glacier. Que des gens très impressionnants avec leur harnachement, leurs chaussures à crampons et leurs gros sacs à dos.

Cependant, même sans tout cet équipement, on peut facilement monter jusqu’à un point de vue sur le glacier, puis jusqu’au refuge pour les courageux.

J’aime cette randonnée pour trois principales raisons :

Tout d’abord, lorsqu’en montant on se retourne, ou alors en redescendant, on a vue sur le Mont Pelvoux juste à côté. Cette Montagne m’a toujours fait quelque chose, sans que je sache bien quoi ni pourquoi. Elle est très sombre et impressionnante, on peut presque sentir à quel point elle est vieille.

Ensuite, la vue de là-haut est absolument formidable. Presque à donner le vertige, ou l’envie de voler.

Et enfin, ce glacier blanc nous donne un petite leçon, pour qui est attentif (et a eu la chance de venir plusieurs fois à quelques années d’intervalles).
Je me souviens étant petite, lorsque nous arrivions avec mes parents au premier sommet, juste en bas du refuge, avec mes frère et sœurs nous étions fous de joie à l’idée de pouvoir toucher la glace. Parce qu’elle était juste là : une immense langue de glace sur laquelle on pouvait coller nos menottes pour se rafraîchir et dire « j’ai touché un glacier » ! C’était absolument magique de prendre ce dernier virage, de se hisser sur les derniers mètres et puis de le voir là, si grand, si gros, si froid, qui nous attendait.
En août 2015, le glacier blanc avait tellement reculé qu’il était devenu inaccessible. Avec Gaël, nous avons essayé de monter dans la caillasse pour l’atteindre quand-même, mais il était trop loin. C’était comme s’il s’était retiré, ne voulait plus être touché des humains.
Sauf qu’il ne s’est pas vraiment retiré, évidemment, il a fondu. On peut essayer d’être poétique sur ces questions-là, mais ce n’est pas très intéressant. La vérité, c’est que c’est dans ces lieux-là qu’on le sent : que l’humain a un impact énorme sur le monde, qu’il ne le mesure pas et que pourtant il existe. Nous sommes un peu comme des enfants en train de casser leurs jouets sans réaliser qu’une fois que tout est abîmé, il n’y a plus rien. Ce Glacier Blanc qui fond, ce n’est pas juste un peu de glace en moins dans le monde. C’est une expérience visuelle et sensorielle que nous n’auront plus. Si un jour j’ai des enfants et que je les emmène, ils ne pourront pas franchir le dernier virage et crier de joie en voyant un mur de glace se dresser devant eux. Il souffleront juste un grand coup d’avoir monté tout ça et me demanderont ce que c’est « le petit point blanc là-haut tout loin ». Ou peut-être même qu’ils me demanderont pourquoi il n’y a rien ici, que des pierres. Et le pire dans tout ça ? C’est que ça me manque à moi, cette expérience, toucher ce glacier, sentir sa force sous mes doigts. Mais ça ne pourra même jamais leur manquer, à eux. Ils ne sauront même pas que c’était possible. Nous pensons construire un monde, chaque jour. La vérité, c’est que nous le déconstruisons. Nous enlevons des possibilités, des richesses, chaque jour. Alors bon, ils joueront aux jeux vidéos. On ne fait que remplacer une expérience par une autre, n’est-ce pas ?
J’ai beau penser que l’aventure peut se vivre chaque jour… Elle se vit dans le réel. C’est le réel, le brut, le sauvage que nous appauvrissons. Les témoins les plus directs de ce phénomène n’ont pas de voix pour le raconter. Mais nous avons des yeux pour le voir, des cœurs pour le sentir, et des bras pour agir.

  • Circuit camping – Miroir – Saint-Anne
Lac Saint Anne
Lac Saint Anne

Notre dernière balade ! La plus longue. Nous sommes partis du camping pour monter jusqu’au lac Miroir, de là nous avons rejoins le lac Saint Anne au dessus, puis nous sommes redescendus jusqu’au camping par le Fond de Chorionde.

Lac Miroir

Il me semble que nous avions calculé que cela faisait plus de 20 km, mais j’admets que nous avions compté ça sur le retour, et que nous n’étions pas au mieux de notre rationalité (la fatigue musculaire influence le cerveau, non ?)
Que dire ? C’est un beau défi. C’est long (mais je l’ai déjà dit), mais ça vaut le coup, tellement. Le lac Saint Anne est magnifique. Une eau bleue turquoise dans un univers minéral. Le lac Miroir porte bien son nom, mais la montée est difficile : mieux vaut ne pas s’y attaquer le premier jour !
Lorsque je me remémore cette randonnée, une petite nostalgie, celle du dernier jour. La dernière fois qu’on chausse ces instruments de torture que sont les chaussures de montagne. Dernier petit sandwich au fromage de chèvre délicieux.
Dernière galère avec le gros Polaroid qu’on a trimbalé jusque là pour prendre une instantanée du lac Saint Anne, et qui ne fonctionne que sous un soleil éclatant de lumière. Les derniers pipis dans la nature. Bah oui ! Personne n’en parle jamais, mais… une journée de randonnée sous le soleil, on boit beaucoup. Et il n’y a pas de toilettes. Alors pour les filles, préparez-vous à aimer la sensation de l’herbe qui vous chatouille les fesses. La petite angoisse que quelqu’un surgisse brusquement du nul part au milieu de votre affaire.

En arrivant au camping, on passe devant la Cascade de la Pisse d’ailleurs (ce n’est pas une blague). Magnifique, majestueuse, même. Pour les plus motivé(e)s, n’hésitez pas à aller vous mettre en dessous (il y a un tout petit sentier sur la droite pour grimper jusqu’à son pied). C’est absolument glacial. C’est absolument génial.

4. Les Humains

Nous avons vu des paysages à couper le souffle (encore plus après 4h de montée), des lieux, des sentiers. Senti le vent et la pluie (beaucoup de pluie, je vous en parlerai ensuite…). Mais nous avons aussi rencontré des humains.
Il paraît que la rencontre est le point crucial du voyage. On rencontre l’autre pour se trouver soi. Pour ma part, je pense que pour être en mesure de vraiment rencontrer l’autre, il faut d’abord s’être trouvé soi. Comment en effet appréhender un autre extérieur lorsque le soi intérieur nous demeure méconnu, inaccepté ?
Et puis, j’en reviens à mon idée d’aller chercher le pain (mais en même temps, quel bonheur de se rendre à la boulangerie à pied de bon matin tandis que le soleil effleure l’horizon !). Pourquoi la rencontre lointaine nous semble-t-elle toujours plus belle? Pourquoi parlons-nous avec émotion de tel(le) inconnu(e) croisé(e) dans un temple ou une gare à l’autre bout du monde, et sommes nous si incapables de considérer que nous pouvons aussi rencontrer notre boulangère ?
Peut-être est-ce justement parce-que cet autre est loin. Parce que nous pouvons lui offrir un visage souriant, notre visage de voyageur au lieu de nos cernes d’individus fatigués par le quotidien. Nous lui offrons notre facette d’aventurier, celle que nous réservons pour les « vraies » aventures. Nous nous autorisons à la confiance, à la gentillesse, à la discussion et à l’intérêt d’un autre que nous ne reverrons plus.
Et si nous vivions un peu plus chaque jour comme une aventure ? Si nous laissions notre esprit trouver les merveilles dont on s’est lassées ou qu’on a peut-être jamais soupçonnées ? Peut-être alors aurions-nous chaque jour de belles rencontres. Peut-être aussi aurait-on moins de mal à se « trouver soi ».

Pour revenir à Ceillac et à ses humains…
Le soir de notre arrivée, nous avons voulu manger au village (eh bien oui, la flemme de cuisiner après 3h à tenter tant bien que mal d’accrocher la tonnelle pour qu’elle ne s’envole pas !). Après avoir flâné quelques temps dans les rues, nous avons opté pour un restaurant qui semblait sympa : tout en bois, qui sentait bon la raclette et la fondue. Nous avons cependant eu la mauvaise surprise de constater que si l’odeur était emballante, l’accueil humain l’était beaucoup moins : un personnel débordé qui n’avait visiblement pas du tout envie d’accueillir une table de plus, fut elle réduite à nos deux personnes.

Finalement, j’ai accepté de suivre Gaël dans le petit établissement du bout du village où il n’y avait pas grand monde. Aventurière du dimanche que je suis, j’aurais spontanément préféré le restaurant plus grand, plus anonyme. Et pourtant, je n’ai jamais si bien mangé de ma vie ! Agneau du village cuit au miel et au thym. Parfaitement inadapté en cas de régime végétarien, mais tellement bon !

Ce petit restaurant était le repère des parapentistes (situé juste à côté du local de l’école de parapente). Y entrer, c’était entrer dans un petit univers, avec ses habitués. C’était accepter d’être étranger. Mais la sensation d’étrangeté n’est pas forcément désagréable.

Nous sommes revenus à la fin de notre séjour : nous avions commandé un poulet. Le problème avec les petits villages perchés dans les montagnes, c’est qu’il n’y a qu’un seul distributeur de billets. Et parfois, il est vide, ou bien en panne. C’est ce qu’il s’est passé ce fameux soir. Me voilà donc devant le gérant qui me tend cet énorme poulet rôti. Je me demande dans un coin de mon esprit comment nous allons bien pouvoir manger tout ça (question très rapidement réglée par l’effet à la fois du grand air et des 8h journalières de randonnée). Et puis je pose la question fatidique : « vous prenez la carte bleue ? » Eh bien non. Il n’y a pas de lecteur de carte bleue. Embêtée, j’explique que le distributeur est en panne, que je n’ai plus un rond d’argent liquide. Le gérant m’a laissée repartir avec mon poulet : « je vous fais confiance, pas de souci. Revenez demain pour le payer, et bon appétit ».

Je ne dirai pas que j’ai spécialement rencontré ce monsieur. Je n’ai pas discuté avec lui, je n’ai pas appris à le connaître. Ce qu’il y a eu d’extraordinaire ce jour-là, pour moi qui suis d’une nature un peu angoissée, c’était qu’un inconnu me fasse confiance. 10€ de confiance, peut-être pas 50, certes, mais tout de même. Il y a des lieux où cela existe. Je pense que ça ne tient qu’à nous pour que cela existe partout.

Nous avons croisé d’autres personnes qui m’ont émue pendant notre séjour. Cette jeune fille qui voyageait seule avec son énorme sac, un grand sourire sur les lèvres. Ce papa qui s’est installé quelques jours au camping avec son petit garçon et nous a expliqué qu’ils venaient des Vosges pour un trip piéton père/fils d’une semaine. Cette famille avec deux enfants très jeunes qui voyageaient à pied eux aussi. Celle avec trois adolescents heureux d’être là avec leurs parents. Ce couple à côté de nous qui en a eu marre de la pluie et s’est réfugié dans l’auberge du village, me faisant être fière de nous qui résistions sous notre tente (en claquant des dents et en pestant, mais quand-même !).
Mais aussi cette femme, d’une cinquantaine d’années, bergère, qui guidait ses moutons dans la montagne juchée sur son cheval et qui descendait sans frémir des sentiers escarpés. En la regardant j’ai eu le cœur qui remontait dans la poitrine, une sensation de vertige. Cette femme faisait confiance à son cheval (devrais-je dire son partenaire ?). Elle donnait l’impression d’être chez elle, c’était beau.
Et puis cet homme, assis dans une pente escarpée, le carnet et le crayon dans la main, en train de dessiner le paysage avec une exactitude bouleversante.

En bref, nous avons vu de belles personnes. Peut-être parce que nous étions attentifs et que nous regardions plus que d’ordinaire. Ou peut-être parce que la montagne et si belle qu’elle sublime ceux qui la foulent.

5. Les (Més)aventures

Je ne sais pas trop comment nous devrions qualifier toutes ces petites choses qui ont rendu le séjour différent de l’image parfaite que nous avions pu en avoir avant d’y être. J’aurais tendance à dire « aléas » ou mésaventures. Gaël lui me dit que cela fait partie de l’aventure. Il a raison, bien-sûr.

Pendant nos deux semaines de camping en haute montagne, il a plu environ la moitié du temps. Le jour le plus remarquable fut sans-doute le lendemain de notre arrivée. Fiers de notre campement tout neuf et propret, souriant au soleil, nous sommes partis laissant tout bien rangé (mais pas abrité) pour notre première balade sur le sentier du Bois Noir, sans prendre la peine de vérifier la météo, ni même d’emmener un imperméable.
Nous sommes revenus sous le déluge ! Une pluie diluvienne, des éclairs, des coulées de boue. Les vêtements, le sac à dos, les chaussures, trempés. Un cauchemar sur la route entre le sentier et le camping. Arrivés au campement tout avait pris l’eau, sauf la tente heureusement. Mais même cela n’a pas duré. Nous n’avions pas pensé à réimperméabiliser la toile de la tente avant le départ. L’humidité à finit par se faire sentir, sur nos vêtements dans nos valises, nos matelas.
Une semaine de pluie, nul part où s’abriter. La tonnelle nous a certes sauvé la mise, mais comment lutter contre le froid, contre l’humide ?
Alors nous descendions dans la vallée, vers Guillestre. Nous avons visité le château de Montdauphin. C’était tellement agréable, il y avait comme une brèche dans les nuages juste au dessus de nous cet après-midi là. Nous voyions au loin la vallée de Ceillac noyée dans les nuages.

Une autre fois, nous avons tenté de nous promener sur le chemin des marmottes au pied de MontDauphin et de voir la célèbre fontaine pétrifiante. Mais la pluie nous a encore rattrapés, et les cinq minutes qu’il nous fallut pour rejoindre la voiture suffirent à ce que nous soyons trempés jusqu’aux os (vraiment). Alors, nous avons roulé, pendant 1h jusqu’à Briançon pour nous réfugier au cinéma devant le dernier Mission Impossible. Nous avons enlevé nos pulls, imperméables, chaussures, et même chaussettes, que nous avons mis à sécher sur les sièges devant nous.

Que faire lorsque tout est humide, voire trempé ? Lorsque que le seul pantalon et le seul pull qu’on a pris (oui, un gros manque de prévoyance, nous l’admettons !) sont mouillés ? Lorsqu’on a plus de chaussettes propres mais qu’il est impossible de faire sécher la lessive ? Lorsque nos serviettes de douche sont tellement imbibées qu’elles ne sèchent plus rien et qu’on finit par enfiler les vêtements (mouillés eux aussi de toute manière) sans vraiment s’être séché ? (Cela va peut-être vous faire rire si vous êtes plus expérimenté que nous… mais pour notre part, c’était notre première expérience de camping en haute montagne ! Et seulement la troisième expérience de camping pour moi…).
Gaël a finit par avoir l’idée de tendre des ficelles entre les sièges de la voiture et dans le coffre. Le seul endroit où il ne pleuvait pas : la voiture. À chaque fois que nous roulions, nous mettions le chauffage au maximum pour que cela sèche un peu. (Nous aurions aussi pu utiliser le lavoir disposant d’un sèche-linge payant au village mais… cela aurait été beaucoup moins amusant… et plus cher). Petit souci : la voiture commençait à sentir sérieusement le moisi. Heureusement, le soleil a finit par revenir !

6. Rentrer chez soi

Le jour du départ, une hésitation : se réjouir de retrouver une douche illimitée, chaude, sans petites bêtes; son lit sans humidité… Ou ce petit pincement au cœur qui nous fait dire qu’on resterait bien ici pour toujours ?

Le retour est toujours un moment un peu difficile : c’est le quotidien et la routine qui nous rattrapent. Mais comme je l’ai déjà dit, il ne tient qu’à nous de les tenir à distance, de vivre une aventure chaque jour.

Quoiqu’il en soit, les images, les sensations vécues demeurent. Ce qui est vécu ne se retire jamais.

7. Si vous y allez… Quelques infos et bons plans

Site Internet du village, où se trouvent quelques liens et infos utiles : notamment vous y trouverez dans la rubrique « restaurant » une courte description du « Pourquoi pas », petite enseigne du jour de notre arrivée et qui fut un coup de cœur.
Site Internet des campings, Nous sommes allés au camping municipale : Les Moutets.

Pendant notre séjour nous avons également eu l’occasion de faire du rafting et du canyoning. Pour cela, petite astuce : rendez-vous au magasin de sport « Tintin Sport » (site internet : http://www.locations-tintin-ceillac.com/) dans le village, ils s’occupent de tout !

Il est aussi possible sur place de faire du parapente. Pour réserver, rendez-vous au Névé Sport au centre du village (tél. : 04 92 45 21 00, site internet :

http://www.nevesports.sport2000.fr/). Compter environ 80 euros pour un vol d’une vingtaine de minutes au dessus de la vallée.

Autres activités très tentantes : la via ferrata et l’escalade. Il est possible de les pratiquer avec un guide en se renseignant à l’office de tourisme de Ceillac.

D’ailleurs, tant que nous parlons de l’office de tourisme, n’oubliez pas d’aller y chercher le petit programme de la semaine : vous y trouverez moult idées d’activités toutes plus sympathiques les unes que les autres. La soupe à l’oignon du dimanche soir lors du pot de bienvenue aux arrivants est absolument délicieuse (préparée en 2015 par le cuistot du « Pourquoi pas » !). À ne pas rater non plus les nombreux concerts à l’église, les spectacles et soirées dansantes…

Enfin, si vous passez à Ceillac le dernier week-end du mois d’août n’hésitez pas à participer à la fête du village : des jeux toute la journée, et le soir retraite aux flambeaux suivie d’un feu d’artifice époustouflant, non seulement en couleurs, mais en sons (chaque tir résonne sur les montagnes, c’est très impressionnant !).

Un commentaire

  • gael

    Très bel article Siloé ! Les lecteurs se douteront qu’il n’est pas possible de raconter l’ensemble de notre voyage dans les moindre détails. En tout cas nous avons vécu des moments magnifiques ! Qui plus est, il ne faut pas oublier que l’aventure c’est aussi de se risquer à rencontrer quelques imprévus; Mais pour s’émerveiller, ce risque vaut le coup d’être prit ! En effet, je pense qu’il faut oser sortir de son quotidien pour se lancer à la découverte d’endroits qui nous sont méconnus, et ainsi, se remplir l’esprit d’instants inoubliables !

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